Oh my Joe

Emmitouflé dans un velours fauve surplombé de fumée post-secondaire, j'arrache les pensées des autres pour qu'ils se concentrent. Bruissement d'araignées synthé-tisseuses dans une vague d'effets catapultés, leurs pattes se frottent sur le lazy-boy et ils capturent les notes pour les manger. C'est le vieux monsieur là bas, Joe, il se prend pour qui? Écraser des morceaux de bois et de nickel ensemble pour laisser résonner la peine bleue qui ne semble jamais quitter l'esprit des Noirs. Comme un arpège handicapé, les suites pas arithmétiques, comme les étrangers qui tendent la main, comme les punaises en croisade, on n'a pas le goût de les suivre. On a seulement le goût d'échanger les rôles. Donne moi ta guitare ou j'te la casse sur ta tête presque chauve. Ça t'avait pas suffit que j'te brûle les cheveux. Ben si tu veux pas t'ramasser les dents pareilles au piano, j'te conseil de t'écarter mon Joe. T'es bon mais souvent t'es pas assez latino. Scuse moi, chu en manque.
Je laisse tomber mon joint sur son tuxedo, je prends la machine et crève les femmes à coups de clin d'oeil.
C'est comme une orgie de notes maintenant. Moi et les autres jazzmen on clenche sur nos instruments pour jouer l'hymne de la pulsion, la comptine des chromosomes, qui fait tomber les foudres entre nous et les belles dames.

Elles arrivent à grands clacs! de talons.
Ces trois quatre déesses aux hanches cascades avec les cheveux bruns dans le vent, des éclats cuivrés sous le soleil d'après-midi, dans un torrent de trompettes et à travers la brise de mon solo de guitare. Le feu des les yeux, elle se démarque du peloton. Elle s'avance pataugeant dans les eaux de la place publique, chaude, tellement qu'il lui perle des gouttes de sueurs sur les bras. Elle se laisse tomber dans la fontaine presque asséchée, elle mouille ses seins et son chandail s'évapore dans ma tête. Les yeux se tournent dans les automobiles pour regarder celle qui me vire les sens depuis quelques secondes. Elle s'approche de moi, dégouttant un peu partout sur le tapis sablé, me rafraichissant telle une oasis sur Mercure, mais elle émane le soleil hors de chacun de ses pores. Elle se penche, je me trompe de mélodie, perdu au creux de son décolleté, au plus profond de mes désirs tout sauf pudiques, rien sauf elle et moi. Elle ouvre la bouche, léchant ses lèvres déjà humides, mais elle ne dit rien. Elle ne fait que respirer, elle me parfume d'envie et mon âme explose, il veut sortir.. par où, le sait-on? Elle tend la main, frôle ma cuisse de ses doigts devant l'observation de ses compagnes tout aussi charnelles que ce qui me tracasse en dedans. Elle continue plus loin, atteint mon ampli et tire le fil.
Plus de son, elle me sourit et s'en va, sachant que je regarde ses fesses, à moitié heureux à moitié choqué. Elle m'a fermé la trappe en même temps de me la laisser pendre....

Joe m'enlève la guitare des mains, me pousse de sa chaise. Je retourne dans mon coussin ambiant, m'allumer un autre joint roulé avec les épices de sa peau.

# Posté le mercredi 14 octobre 2009 01:27

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 18:44

La première brosse du noble

L'éveil. Étendu dans l'antre de la cathédrale, j'observe la délitescence me griffonner les tripes, dans un courant d'effluves flavescentes qui me donne un air coruscant. Je lis mon épitomé préféré en diagonale, survolant ainsi les détails de l'intrigue, par peur de me dessiller au sens figuré. Quelques personnages messiéent, d'autre semblent trop bons. Parfois, le narrateur me désopile par ses remarques d'un acabit particulier qui agissent tels des messages subliminaux. Seulement pour vous dire qu'un tel est sot, que l'autre est sage. Quelle importance ont ces descriptions si la personne qui les donne n'est point objective? À quelque part, je me sens berné et j'espère toujours pouvoir effacer ces lignes et les mettre à mon goût. Malgré ce petit défaut, il reste que cet objet constitue une sorte de hiérophanie. Pourquoi? Donc, je reste étendue sur les reflux de la ville, dans un bouclier de foi à la parole en forme de cloche. Après relectures et ennui profond, je me lance dans un psittacisme écho, mâchouillé à la manière des apôtres aux blancs de mémoire. La messe m'accompagne dans mon anacoluthe, laissant résonner l'affliction des ch½urs ne sachant s'accoiser.

Je paraît imperscrutable mais il me semble avoir eu une bonne ouverture d'esprit... peut-être est-ce le vil regard de la péripatéticienne qui, par ses pieds nus de bohémienne, me laisse croire à l'existence d'une concupiscence non-désirée? Cette émotion infinitésimale se classe pratiquement dans la transcendance, une contre-immanence de la durée d'un clin d'½il. Je suis dégouté.
Qualifiant : exhalaison.

Dans un effort aboulique je me relève, taché d'urine et couvert de suie. Je file hors de cette caverne de prières acrologiques, descendant les avalaiges de la ville vers le château de mes ancêtres pour y retrouver mes convives ingnorants. Je souhaite de tout c½ur éviter leurs avilances au petit déjeuner, surtout après m'être retrouvé au milieu de ribauds et d'escrocs. Sachant que j'ai peut-être lu la Bible, et compris que Dieu n'est plus notre Roi, ils s'amèneront sur la place publique, et me monteront sur l'échafaud.

Que soit maudite l'eau-de-vie.




La première brosse du noble

# Posté le dimanche 27 septembre 2009 17:16

Modifié le mercredi 30 septembre 2009 00:15

L'iconoclaste

J'ai dû être flegmatique dans la stature, devant l'écusson de l'aigle à diffusion large, entre les portes de titane, coincé entre deux morceaux de souvenirs qui fléchissent la ligne du temps. Derrière les barreaux souillés de vers et d'orange, le manoir se tient oblique face à ma perception, les volets se ferment à toute allure servant désormais d'obturateurs pour la vague tête floue que je n'aperçois plus. M'accueillant déchus sur leurs antiques bancs de bois, de vieux aveugles aux c½urs picaresques se balancent de gauche à droite levant parfois les bras pour chasser les mouches à chevreuil qui leur dévorent les membres ne laissant que des coulisses de sang poussiéreux déferler dans leur poil d'automne, prêt à tomber au moindre souffle du loup. Qu'une masse de paresseux en gallon, tellement faibles, qu'aux pas des insectes sur leur peau, on a l'impression que ceux-ci ont des murs pour pieds.

La porte béante, j'entre dans le manoir et l'ironie s'empare de ma bouche lorsque, grande ouverte, elle laisse une abysse de questions sortir par inadvertance. Les yeux coulants sous la surprise, un dicton prend alors tout son sens quand il sermonne les gens sur les apparences. Non, le résidu d'histoire que propose la façade de la bâtisse se révèle à en contenir un morceau si grand qu'il paraît entier. Le futur s'étend sur l'ancien tapis, le passé dépose l'avenir devant moi et le cramoisi se change en technologie. Le jukebox me demande si j'ai soif et joue les airs jumelant mes humeurs et états. Coup d'état? Ici ce trouverait donc la frange entre l'herbe longue et celle fraîchement coupée, le vert où ce dernier coup me permettrait d'atterrir, surpassé? Le cadre de porte n'est pas que laid, il est temporel. Un pas plus loin, je suis à l'abandon de ma société. Sur les murs s'écrivent automatiquement les chartes de l'harmonie, les textes extasiés, ce qui est dit mais non su, les secrets de l'ossuaire renversant chaque jours hiérarchies, sommets, gouvernements et symphonies. Les groupes déchirés, inexistants, sont recréés sous mes yeux dépourvus de paupières, brûlées de subjugation. Je suis iconoclaste, un plancton dans un étang de découverte, archéologue sans pelle ni seau, explorateur coupant les frontières à grands élans de faucheuse. Je fuis les seules prisons encore craintes : celles de l'ignorance, du ridicule et de la solitude, pour y trouver les pouces de l'existence, cachés dans un sleeping bag malodorant, plutôt bien camouflé par l'appréhension de chacun. J'oublie la sècheresse jetée par l'indifférence, j'oublie la mémoire des alibis trop échos, des veines inempruntées, trouées et absentes de la carte du corps. Je prends la voile, je prendrai la plonge.

Poignarde-moi dans l'entrave, lorsque dans mon sommeil encore je parle.
Poignarde-moi dans l'entrave, lorsque dans mon sommeil encore je parle.

Pour avoir franchi la distance de l'émerveillé, pénétré l'espace-temps de l'effervescence, l'éphémère, gaspillé la photo-syntaxe en échange de la photo, jetant la syntaxe - ses lettres, ses mots, ses phrases, ses textes, ses paragraphes et son honneur - pour la correspondance, la déchéance sans visage - ses caractères, son italique, gras ou souligné, sa police et son impudence - la messagerie via le filet intérieur (Internet !).

Qui m'a mené ici? Dans ce manoir maudit aux essaims virulents, que m'a mené ici? Renoncé, dépossédé et travaillé, avec la peur de rentrer chez moi afin de mourir en vivant ce cauchemar, cet enfer de savoir, je souhaiterais devenir immatériel, rejoindre l'effaçable au creux du silence des rêves mis de côté, être ce que voient les aveugles au dehors, être ce que le jukebox joue quand il n'y a personne pour ressentir quelconque émotion humaine ou pas. Je veux être un rien. Pour avoir regardé les fresques du futur et vu les prémonitions délirantes de cette habitation devenue asile.


Qui m'a mené ici?

# Posté le lundi 07 septembre 2009 22:47

Modifié le mardi 08 septembre 2009 00:22

Le conseil, la chambre.

Le conseil, la chambre.

Découvertes sans Discovery Channel,
dans un fracas de crânes ponctuel,
la maison craque comme si elle claquait des dents
mordant le froid qui l'entame déjà.

Ragoût de crosseurs et de déments, de menteurs naturels.
Maniacodépressifs submergés unipolairement, qui dardent les lois dans l'ail.

Sous les claqués de ce temps,
qui tombent parmi les requins,
le colporteur prends son gun
et il tire à sa fin.

# Posté le vendredi 21 août 2009 04:33

L'art de se noyer

L'art de se noyer
Un pourquoi artifice qui suggère l'improvisation m'aborde. Pourquoi j'ai mal?
Décidé à dessécher, les flaques qui revêtissent une poussière ne laissant entraver le ciel se rangent devant moi, dans les ordres de l'ordure stationnement, et mon vélo joue les Moïses, s'infiltrant là où le bleu n'a pu, entre deux eaux verticales formant un passage. Ce même passage étant auparavant une partie du lac, mouille mes souliers et salit mon anorak.
Pousser pour le vent afin de ne jamais me laisser contrer, vagues et rafales à mes côtés.
Pourquoi j'ai mal?
Arrivé aux eaux plus fines, là où le ciel est faussement représenté, je saute en elles pour toucher cette toile bleutée qui dessine un faux font de mer. Je ne l'ai jamais vu, pourquoi se plaindre de cette imposture?
La piscine est plus chaude que l'air, et absorbe la merde des voitures.
On dirait un étang de gaz, trop chaud pour s'y rafraîchir, les vagues sont dans le vide et l'optique me crève les yeux.
Je plonge sous la bile et ma bouche devient gastrique, peine et misère à me croire, les oiseaux satiriques se baignent en ne daignant me sauver.
Je ne fais qu'à semblant de me noyer, mais la tentation je laisse croître.
À bas l'envie de grandir, je ne marche plus de pleine foi.
Si l'idée me prends de toutefois remonter, je pense que le temps ne me sera que souvenir.




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# Posté le mercredi 19 août 2009 01:49

Modifié le mercredi 19 août 2009 02:00